Vous venez de recevoir un courrier d’Intrum réclamant le paiement d’une dette et la panique vous gagne ? Avant de sortir votre chéquier, sachez que ne pas payer Intrum immédiatement est non seulement possible, mais souvent la décision la plus judicieuse sur le plan juridique. Cette société de recouvrement amiable ne dispose d’aucun pouvoir de contrainte sans décision de justice. Chaque année, des milliers de consommateurs et de dirigeants de PME règlent des sommes indues par méconnaissance de leurs droits. Cet article vous donne une méthode complète pour analyser la légitimité de la créance, identifier les cas où le paiement n’est pas obligatoire et agir efficacement pour protéger vos finances.
Qui est Intrum et quels sont ses véritables pouvoirs ?
Intrum est un leader européen du recouvrement de créances, présent dans plus de vingt pays. L’entreprise intervient pour le compte de banques, assureurs, opérateurs télécoms ou sociétés de crédit afin de récupérer des factures impayées. Elle peut également racheter des portefeuilles de dettes à prix réduit pour les recouvrer à son propre profit.
La distinction fondamentale : recouvrement amiable vs judiciaire
C’est le point clé que beaucoup de débiteurs ignorent. Intrum agit quasi exclusivement dans le cadre du recouvrement amiable, encadré par le décret n° 96-1112 du 18 décembre 1996. Concrètement, cela signifie qu’Intrum :
- Ne peut pas saisir vos biens, votre compte bancaire ou votre salaire
- Ne peut pas entrer dans votre domicile
- Ne peut pas ajouter de frais supplémentaires non prévus au contrat initial
- Ne peut pas exercer de contrainte physique ou juridique sans titre exécutoire
Seul un commissaire de justice (anciennement huissier) muni d’un titre exécutoire délivré par un juge peut procéder à des saisies. Sans ce document, les relances d’Intrum restent de simples demandes de paiement volontaire, aussi pressantes soient-elles dans leur formulation.
Ce qu’Intrum a le droit de faire
Dans le cadre légal, Intrum peut toutefois vous contacter par courrier, par téléphone ou par e-mail pour vous inviter à régler votre dette. Elle peut aussi vous proposer un échéancier de paiement ou transmettre le dossier à un avocat pour engager une procédure judiciaire si le recouvrement amiable échoue.
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Les 5 situations où ne pas payer Intrum est juridiquement légitime
Avant tout versement, un examen rigoureux de la créance s’impose. Voici les cas concrets où vous êtes en droit de refuser le paiement.
1. Absence de preuve de la créance
Intrum doit être en mesure de fournir :
- La copie du contrat initial entre vous et le créancier d’origine
- L’acte de cession de créance prouvant qu’Intrum est légitime pour agir
- Le décompte détaillé de la somme réclamée (principal, intérêts contractuels)
Sans ces documents, aucune somme ne doit être versée. Un simple numéro de dossier ne constitue jamais une preuve suffisante. Exigez systématiquement ces justificatifs par lettre recommandée avec accusé de réception.
2. La dette est prescrite (forclusion de 2 ans)
La prescription constitue l’arme juridique la plus puissante du débiteur. Pour un crédit à la consommation ou une facture de services, le délai de forclusion est de 2 ans à compter du premier incident de paiement non régularisé, conformément à l’article L218-2 du Code de la consommation.
| Type de dette | Délai de prescription | Texte de référence |
|---|---|---|
| Crédit à la consommation | 2 ans | Article L218-2 Code de la consommation |
| Facture de services (télécom, énergie) | 2 ans | Article L218-2 Code de la consommation |
| Dette commerciale (B2B) | 5 ans | Article L110-4 Code de commerce |
| Exécution d’un jugement | 10 ans | Article L111-4 Code des procédures civiles |
Attention : un paiement partiel, un acompte ou même une reconnaissance verbale de la dette peut interrompre la prescription et faire repartir le délai à zéro. C’est pourquoi la prudence lors des échanges téléphoniques est essentielle.
3. Des frais de recouvrement vous sont facturés
Conformément à l’article L111-8 du Code des procédures civiles d’exécution, les frais de recouvrement amiable sont à la charge exclusive du créancier. Si Intrum vous réclame des « frais de dossier », « frais administratifs » ou « honoraires de gestion », vous êtes en droit de les refuser catégoriquement.
Seuls le montant principal de la dette et les intérêts contractuels prévus dans le contrat d’origine peuvent vous être réclamés.
4. Le montant réclamé est incohérent
Comparez scrupuleusement la somme demandée par Intrum avec les termes du contrat initial. Des écarts fréquents peuvent apparaître : intérêts majorés abusivement, pénalités non contractuelles, frais cachés. En cas de discordance, vous pouvez contester par écrit en demandant un nouveau décompte justifié.
5. La dette a déjà été réglée
Ce cas est plus fréquent qu’on ne le pense, notamment lorsque Intrum rachète des portefeuilles de créances à des organismes qui n’ont pas mis à jour leurs fichiers. Conservez toujours vos preuves de paiement (relevés bancaires, quittances) pour pouvoir les opposer rapidement.
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Comment répondre à un courrier d’Intrum : la méthode pas à pas
La réaction face à un courrier de recouvrement doit être structurée et exclusivement écrite. Voici la procédure recommandée.
Étape 1 : ne jamais ignorer le courrier
Contrairement à une idée reçue, ne pas répondre est la pire stratégie. L’absence de réponse encourage Intrum à intensifier ses relances et peut être interprétée comme un aveu tacite. Répondre par écrit montre que vous gérez activement le dossier.
Étape 2 : exiger les justificatifs par lettre recommandée
Rédigez un courrier factuel, sans jamais reconnaître la dette. Votre lettre doit demander :
- La copie du titre exécutoire justifiant la demande
- L’acte de cession de créance autorisant Intrum à agir
- Le détail complet du montant réclamé (principal, intérêts, frais)
Terminez par la mention : « Dans l’attente de ces documents, je suspends toute démarche de ma part. » Cette formulation protège juridiquement votre position sans reconnaître la dette.
Étape 3 : analyser les documents reçus
Si Intrum fournit les justificatifs, vérifiez chaque élément avec attention. Comparez les montants, vérifiez les dates et contrôlez que le délai de prescription n’est pas dépassé. En cas de doute, consultez un avocat spécialisé en droit de la consommation ou une association de consommateurs comme l’UFC-Que Choisir.
Étape 4 : invoquer la prescription si applicable
Si le dernier impayé remonte à plus de deux ans sans jugement intermédiaire, rédigez une seconde lettre recommandée mentionnant expressément l’article L218-2 du Code de la consommation et indiquant que la dette est juridiquement éteinte.
Les 3 erreurs fatales à éviter face à Intrum
Des gestes apparemment anodins peuvent aggraver considérablement votre situation. Soyez vigilant sur ces points critiques.
Reconnaître la dette par téléphone. Toute formulation du type « je sais que je dois cette somme » relance automatiquement le délai de prescription. Répondez systématiquement que toute communication se fera par écrit exclusivement.
Verser un acompte sans vérification préalable. Un paiement partiel, même minime, peut être assimilé à une reconnaissance de dette et interrompre la prescription. Ne payez rien tant que les justificatifs n’ont pas été produits et vérifiés.
Signer un document proposé par Intrum. Certains formulaires proposés par les sociétés de recouvrement contiennent des clauses de reconnaissance de dette dissimulées. Ne signez jamais rien sans lecture approfondie, idéalement assisté par un professionnel du droit.
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Que risquez-vous réellement si vous ne payez pas Intrum ?
Il est essentiel de distinguer les risques réels des pressions psychologiques exercées par les courriers de relance.
Les risques réels
Si la dette est légitime et non prescrite, le créancier d’origine (ou Intrum s’il a racheté la créance) peut décider d’engager une procédure judiciaire. Celle-ci aboutit à un jugement qui, une fois transformé en titre exécutoire, permet des mesures de saisie via un commissaire de justice. En pratique, cette démarche coûte entre 800 et 1 500 euros au créancier et reste rare pour les petits montants (inférieurs à 3 000 euros).
Les pressions sans fondement juridique
Les courriers au ton alarmiste, les menaces de saisie immédiate et les relances téléphoniques insistantes relèvent de la pression psychologique, pas d’une réalité juridique. L’article 222-16 du Code pénal punit le harcèlement téléphonique d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Si vous subissez des relances abusives, vous pouvez signaler ces pratiques à la DGCCRF ou porter plainte.
Focus dirigeant de PME : les spécificités du recouvrement B2B
Pour les entrepreneurs et dirigeants de PME confrontés à un recouvrement d’Intrum sur une dette professionnelle, les règles diffèrent sur plusieurs points importants.
Le délai de prescription passe à 5 ans pour les dettes commerciales (article L110-4 du Code de commerce). Les frais de recouvrement restent néanmoins à la charge du créancier en phase amiable. En revanche, des clauses pénales prévues au contrat commercial peuvent être opposables, contrairement aux contrats de consommation.
Si votre entreprise traverse une période de difficultés financières, envisagez de consulter un expert-comptable ou de saisir le tribunal de commerce pour une procédure de conciliation ou de sauvegarde, qui gèle temporairement toutes les poursuites des créanciers.
Vos recours en cas de pratiques abusives d’Intrum
La loi française sanctionne sévèrement les sociétés de recouvrement qui dépassent le cadre légal. Vous disposez de plusieurs leviers.
- Médiateur interne d’Intrum : contactez le service réclamations à l’adresse reclamations@intrum.fr pour résoudre un différend
- Associations de consommateurs : l’UFC-Que Choisir et la CLCV accompagnent gratuitement les débiteurs dans la constitution de dossiers
- DGCCRF : signalez les pratiques commerciales trompeuses ou le harcèlement
- Tribunal judiciaire : en dernier recours, vous pouvez saisir le juge pour demander des dommages et intérêts en cas de préjudice avéré lié à des relances abusives
FAQ : les questions les plus fréquentes sur Intrum et le recouvrement
Est-on obligé de payer une dette réclamée par Intrum ?
Non, pas automatiquement. Vous ne devez régler une somme qu’après avoir vérifié la légitimité de la créance, l’existence d’un titre exécutoire et l’absence de prescription. En phase de recouvrement amiable, le paiement reste volontaire.
Intrum peut-il saisir mon salaire ou mon compte bancaire ?
Non. Seul un commissaire de justice muni d’un titre exécutoire délivré par un juge peut procéder à une saisie. Intrum n’a aucun pouvoir coercitif en dehors d’une procédure judiciaire aboutie.
Comment savoir si ma dette est prescrite ?
Identifiez la date du dernier incident de paiement non régularisé. Si plus de 2 ans se sont écoulés sans jugement ni reconnaissance de dette pour un crédit à la consommation, la dette est probablement frappée de forclusion. Pour une dette commerciale, le délai est de 5 ans.
Peut-on négocier le montant réclamé par Intrum ?
Oui. Intrum rachète souvent les créances avec une décote importante (parfois 10 à 30 % de la valeur initiale). Proposer un règlement entre 30 et 50 % du montant initial contre un abandon de créance définitif est une option réaliste, surtout pour des dettes anciennes ou mal documentées.
Que faire si Intrum me harcèle par téléphone ?
Exigez que toute communication se fasse par écrit. Notez les dates, heures et contenus des appels. Si le harcèlement persiste, portez plainte en vous appuyant sur l’article 222-16 du Code pénal et signalez la pratique à la DGCCRF.
Face à un courrier d’Intrum, votre meilleure protection reste la connaissance de vos droits et une réaction structurée. Vérifiez systématiquement la légitimité de chaque créance, communiquez exclusivement par écrit et n’hésitez pas à vous faire accompagner par un professionnel ou une association de consommateurs si la situation l’exige. Le recouvrement amiable ne doit jamais vous pousser à payer une somme que vous ne devez pas.

