Votre effectif a franchi les 260 salariés l’an dernier, votre chiffre d’affaires dépasse 70 millions d’euros, et votre expert-comptable évoque désormais le terme d’ETI. Faut-il en déduire que votre entreprise a changé de catégorie ? Et surtout : quelles obligations nouvelles cette bascule déclenche-t-elle, à quelle date, et avec quelles sanctions à la clé ?
Ce guide complet répond à ces questions de manière opérationnelle. Vous y trouverez la définition légale d’une entreprise de taille intermédiaire, la méthode exacte de calcul des seuils, les règles de franchissement, l’inventaire des obligations sociales, comptables, fiscales et déclaratives applicables, ainsi qu’une liste de vérifications à mener avant la clôture de votre prochain exercice.
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Qu’est-ce qu’une entreprise de taille intermédiaire (ETI) ?
Quelle est la définition légale d’une ETI ?
La notion d’ETI n’est pas un statut juridique. Il s’agit d’une catégorie statistique et économique créée par l’article 51 de la loi n° 2008-776 du 4 août 2008 de modernisation de l’économie (LME), puis précisée par le décret n° 2008-1354 du 18 décembre 2008.
La règle générale prévoit que la catégorie des ETI est constituée des entreprises qui n’appartiennent pas à la catégorie des PME et qui, d’une part, occupent moins de 5 000 personnes, d’autre part réalisent un chiffre d’affaires annuel n’excédant pas 1 500 millions d’euros ou présentent un total de bilan n’excédant pas 2 000 millions d’euros.
Cette formulation mérite une lecture attentive. Le critère d’effectif est cumulatif, tandis que les deux critères financiers sont alternatifs : il suffit d’en respecter un seul. Concrètement, une entreprise de 1 800 salariés affichant 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires reste une ETI si son total de bilan demeure inférieur à 2 milliards d’euros.
Comment se situent les ETI parmi les quatre catégories d’entreprises ?
Le décret de 2008 distingue quatre catégories. Le tableau ci-dessous en synthétise les seuils.
| Catégorie | Effectif | Critères financiers |
|---|---|---|
| Microentreprise | Moins de 10 personnes | CA ou bilan ≤ 2 M€ |
| PME | Moins de 250 personnes | CA ≤ 50 M€ ou bilan ≤ 43 M€ |
| ETI | Moins de 5 000 personnes (et hors catégorie PME) | CA ≤ 1 500 M€ ou bilan ≤ 2 000 M€ |
| Grande entreprise (GE) | 5 000 personnes et plus | Ou dépassement simultané de 1 500 M€ de CA et de 2 000 M€ de bilan |
Une conséquence est souvent ignorée des dirigeants : une entreprise employant moins de 250 salariés peut malgré tout être classée en ETI. Il suffit qu’elle dépasse simultanément 50 millions d’euros de chiffre d’affaires et 43 millions d’euros de total de bilan. Elle sort alors de la catégorie PME par le haut, sans avoir franchi le moindre seuil d’effectif.
Ce qu’il faut retenir
- L’ETI n’est pas un statut juridique mais une catégorie statistique située entre la PME et la grande entreprise.
- Fondement juridique : article 51 de la LME et décret n° 2008-1354.
- Trois critères à combiner : effectif, chiffre d’affaires, total de bilan.
- Un effectif inférieur à 250 salariés n’exclut pas le classement en ETI.
Le poids économique de cette catégorie est disproportionné par rapport à son poids démographique. Selon l’Insee, la France comptait environ 7 400 ETI en 2023 dans les secteurs marchands non agricoles et non financiers. Avec les grandes entreprises, elles représentent moins de 0,2 % des entreprises mais réalisent près des deux tiers du chiffre d’affaires et de l’investissement, et emploient plus de la moitié des salariés en équivalent temps plein.
Quels critères permettent de vérifier si votre entreprise est une ETI ?
Comment s’apprécient l’effectif, le chiffre d’affaires et le total de bilan ?
L’effectif retenu correspond à un effectif moyen annuel exprimé en équivalent temps plein, et non au nombre de contrats en cours au 31 décembre. Le chiffre d’affaires s’entend hors taxes, sur un exercice de douze mois : lorsque l’exercice est plus court ou plus long, il doit être ramené à douze mois au prorata temporis. Le total de bilan correspond au total de l’actif tel qu’il figure dans les comptes annuels.
Vérifiez ces trois données sur les comptes du dernier exercice clos avant de vous prononcer. Conservez les liasses fiscales et les états d’effectif correspondants : ce sont ces pièces qui justifieront votre catégorie en cas de contrôle ou de demande d’un partenaire.
Faut-il raisonner au niveau de l’unité légale ou du groupe ?
Cette distinction est décisive, et c’est là que se logent la majorité des erreurs de classement. Le décret définit l’entreprise comme la plus petite combinaison d’unités légales constituant une unité organisationnelle jouissant d’une certaine autonomie de décision. Autrement dit, l’analyse se fait au niveau du groupe économique, non de la société isolée.
Concrètement, un groupe familial composé de quatre filiales de 180 salariés chacune n’est pas constitué de quatre PME : l’effectif consolidé de 720 personnes le place en catégorie ETI. En revanche, certaines réglementations retiennent volontairement une appréciation par entité juridique. C’est notamment le cas de la réforme de la facturation électronique, pour laquelle l’administration fiscale apprécie la taille au niveau de chaque personne juridique, sur la base du dernier exercice clos avant le 1er janvier 2025.
Que se passe-t-il en cas de franchissement de seuil ?
La bascule n’est jamais immédiate. Deux mécanismes de lissage coexistent et doivent être maniés séparément.
- Pour la qualification de PME au sens européen, le dépassement doit en principe être constaté sur deux exercices consécutifs pour produire ses effets.
- Pour les seuils d’effectif sociaux, la loi PACTE a instauré une appréciation sur la moyenne des effectifs de l’année civile précédente, assortie d’une neutralisation du franchissement pendant cinq années civiles consécutives.
Cette analyse permet d’anticiper la date exacte d’entrée en vigueur de chaque obligation, plutôt que de la découvrir lors d’un contrôle.
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Quelles obligations sociales le statut d’ETI déclenche-t-il ?
Aucune obligation n’est attachée à l’étiquette « ETI » en tant que telle. Ce sont les seuils d’effectif du Code du travail qui commandent. Toute ETI en franchit nécessairement plusieurs.
| Seuil d’effectif | Principales obligations déclenchées |
|---|---|
| 250 salariés | Désignation d’un référent handicap et d’un référent harcèlement sexuel ; indicateurs complémentaires de l’index de l’égalité professionnelle ; contribution supplémentaire à l’apprentissage en l’absence de 5 % d’alternants |
| 300 salariés | Bilan social annuel ; BDESE enrichie ; commissions obligatoires du CSE (santé-sécurité, formation, égalité professionnelle, logement) ; négociation triennale GEPP |
| 500 salariés | Désignation d’un délégué syndical supplémentaire ; service social du travail dans certaines branches |
| 1 000 salariés | Commission économique au sein du CSE ; obligation de proposer un congé de reclassement en cas de licenciement économique |
Le partage de la valeur constitue un autre point de vigilance. La participation aux résultats est obligatoire dès 50 salariés : toute ETI y est donc soumise, avec dépôt de l’accord et calcul de la réserve spéciale de participation à chaque exercice bénéficiaire.
Ce qu’il faut retenir
- Le déclencheur juridique reste l’effectif, pas la catégorie statistique.
- Les paliers structurants pour une ETI sont 250, 300, 500 et 1 000 salariés.
- Vérifiez chaque année la conformité de votre BDESE, de votre index égalité et de vos accords de participation.

Quelles obligations comptables, financières et déclaratives s’appliquent ?
La certification des comptes est-elle obligatoire ?
Oui. Les seuils de nomination d’un commissaire aux comptes (4 M€ de bilan, 8 M€ de chiffre d’affaires, 50 salariés, deux critères sur trois) sont largement dépassés par toute ETI. Les sociétés têtes de groupe doivent en outre désigner un commissaire aux comptes au titre de l’ensemble consolidé. Les comptes annuels doivent être déposés au greffe dans le mois suivant leur approbation, ou dans les deux mois en cas de dépôt électronique.
Quelle est l’échéance de la facturation électronique pour les ETI ?
C’est l’obligation la plus immédiate. Depuis l’article 91 de la loi de finances pour 2024, la réforme s’applique selon un calendrier en deux temps :
- 1er septembre 2026 : obligation de réception de factures électroniques pour tous les assujettis à la TVA, et obligation d’émission ainsi que d’e-reporting pour les grandes entreprises et les ETI.
- 1er septembre 2027 : extension de l’émission et de l’e-reporting aux PME, TPE et microentreprises.
Les flux doivent transiter par une plateforme agréée, dans un format structuré (Factur-X, UBL ou CII), et de nouvelles mentions obligatoires doivent figurer sur les factures. La loi de finances pour 2026 a par ailleurs renforcé les sanctions applicables aux manquements. Vérifiez sans attendre le raccordement de chacun de vos établissements à l’annuaire central : un SIRET non référencé provoque des ruptures de routage difficiles à rattraper en production.
Les délais de paiement font-ils l’objet d’un contrôle renforcé ?
Oui, et le risque est financier autant que réputationnel. L’article L. 441-10 du Code de commerce plafonne les délais convenus à 60 jours à compter de la date de facture, ou 45 jours fin de mois si les parties en conviennent, le délai supplétif étant de 30 jours.
Le non-respect expose à une amende administrative pouvant atteindre 2 millions d’euros pour une personne morale, portée au double en cas de réitération dans les deux ans, avec publication de la sanction. La DGCCRF a engagé ou finalisé 228 procédures au premier semestre 2025, pour un total proche de 47 millions d’euros d’amendes.
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Où en sont les obligations de reporting de durabilité pour les ETI ?
Le cadre a été profondément remanié. La directive dite Omnibus I, adoptée le 24 février 2026 et entrée en vigueur le 18 mars 2026, relève les seuils d’application de la CSRD aux entreprises dépassant simultanément 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires net, le critère de bilan étant abandonné. La transposition en droit français doit intervenir avant mars 2027.
En pratique, la grande majorité des ETI sort du champ direct du reporting de durabilité. En revanche, deux effets indirects subsistent : l’appartenance au périmètre consolidé d’un groupe assujetti, et les demandes d’informations ESG adressées par les grands comptes clients au titre de leur chaîne de valeur. Anticipez donc la collecte de vos données environnementales et sociales, même en l’absence d’obligation directe.
Quelles conséquences fiscales et financières a le passage de PME à ETI ?
La sortie de la catégorie PME entraîne la perte de plusieurs régimes de faveur, la fiscalité restant par ailleurs celle du droit commun.
| Dispositif | Situation d’une ETI |
|---|---|
| Taux réduit d’IS à 15 % | Non applicable : réservé aux sociétés dont le CA est inférieur à 10 M€ et dont le capital est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques. Le taux normal de 25 % s’applique |
| Crédit d’impôt recherche (CIR) | Accessible, mais le remboursement immédiat de la créance non imputée est réservé aux PME au sens communautaire |
| Statut JEI | Exclu |
| Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises | Prorogée par l’article 12 de la loi de finances pour 2026, avec un seuil relevé à 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires afin d’exclure les ETI |
| Volontariat international en entreprise (VIE) | Accessible et fréquemment mobilisé pour les implantations à l’étranger |
Cette bascule a donc un coût, mais elle ouvre également l’accès à des financements de plus grande envergure : marchés obligataires, dette privée, capital-investissement et dispositifs d’accompagnement à l’export.
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Comment sécuriser sa conformité en pratique ?
L’objectif n’est pas de subir le changement de catégorie, mais de le programmer. Les actions suivantes constituent un socle minimal.
- Établissez un diagnostic chiffré : effectif ETP, chiffre d’affaires hors taxes et total de bilan des deux derniers exercices clos, au niveau de l’entité et du périmètre consolidé.
- Consultez la base Sirene de l’Insee, qui mentionne la catégorie retenue pour votre entreprise.
- Cartographiez les seuils sociaux franchis et datez précisément l’entrée en vigueur de chaque obligation, en tenant compte de la neutralisation quinquennale.
- Sécurisez l’échéance du 1er septembre 2026 : plateforme agréée sélectionnée, établissements référencés, formats testés, mentions obligatoires intégrées.
- Auditez vos délais de paiement fournisseurs et documentez vos procédures de validation internes.
- Conservez les pièces justificatives attestant de votre catégorie pendant toute la durée de la prescription applicable.
Ce qu’il faut retenir
- Une ETI compte moins de 5 000 salariés, avec un CA ≤ 1,5 Md€ ou un bilan ≤ 2 Md€, et ne relève pas de la catégorie PME.
- Les critères s’apprécient au niveau du groupe, sauf disposition contraire.
- L’échéance opérationnelle prioritaire est la facturation électronique au 1er septembre 2026.
- Le risque le plus immédiatement financier reste celui des délais de paiement, avec des amendes pouvant atteindre 2 M€.
Le classement en ETI n’est ni une récompense ni une sanction : c’est un changement de régime réglementaire qui se prépare sur deux à trois exercices. Faites valider votre analyse par votre commissaire aux comptes et votre conseil juridique avant toute décision structurante.

